La compagnie Rara Woulib axe sa démarche sur la création de formes théâtrales poétiques vivantes, qui prennent leur place autant au cœur de réflexions intimes que dans les grandes questions qui agitent le monde.

Créer des rituels, les réimplanter dans le quotidien des gens et l’espace commun de vie.

Intégrer des traditions d’ailleurs dans le quotidien d’ici, faire entrer leurs coutumes préservées et nos rituels perdus en résonance, questionner en faisant rencontrer des formes aussi diverses qu’universelles.

Se saisir des paysages, communs ou à défricher, comme autant de surfaces nouvelles à explorer. Dessiner de nouveaux cheminements urbains, explorer la porosité de la ville.

Le rara Haïtien : transe musicale déambulatoire

Véritable ovni musical, le rara peut être un prétexte pour rassembler les gens et les acheminer d’un endroit à un autre, mais la magie de cette musique réside dans sa propre construction.

Les danses et chants sont accompagnés par un ensemble de percussions et d’une section d’instruments à vent composée de longues trompes métalliques évasées appelées klewon ou kone et de vaksins, un ensemble de tubes en bambous de tailles et tonalités différentes. Le vaksin fait circuler les motifs mélodiques dans un registre proche du hoquet qui rappelle certains styles vocaux d’Afrique centrale : chacun des soufflants ne pouvant jouer qu’une seule note, les mélodies sont créées par l’alternance des instruments, dans une étourdissante spatialisation sonore.
Nous explorons cette forme musicale dans la composition mais également dans le cadre de l’improvisation, pratique permettant d’être à l’écoute et en résonance à chaque instant.

L’interdépendance des musiciens vient ajouter à la fragilité ambiante, et maintient acteurs comme spectateurs dans cet état d’incertitude et de fragile équilibre.

Dans la tradition haïtienne, le rara est intimement lié à l’ idée de traversée, de marche, de dépassement, de transe. Nous avons conservé sa forme déambulatoire qui maintient le public dans l’incertitude et qui le lie indubitablement à nous, sur les chemins de l’imprévisible.